Chroniques de Camargue – 1

Ce matin je suis convié à assister aux chevauchées littéraires. Un auteur, accompagné d’auditeurs désireux d’en savoir plus, partent chevaucher en plein coeur de la Camargue.

Après le traditionnel petit déjeuner, avec ceux qui sont devenus le temps du Festival ma famille, je me rends aux écuries. Pour la première fois depuis mon arrivée, je me retrouve confronté au cheval Camargue. Juché sur son dos, d’abord hésitant, je comprends vite que ce n’est pas un simple animal que je monte, mais un être doué d’une sensibilité propre et de son caractère. Un accord tacite se créé entre nous.

Nous pénétrons dans la véritable Camargue. Au travers d’une végétation terriblement belle et sauvage, je chevauche maladroitement, précédé de mes compagnons.  Finalement au détour d’un chemin à peine visible, nous pénétrons dans une pinède. Une fois descendus, nous prenons place autour d’une table et l’écrivaine-voyageuse Clémence de Villecourt commence son récit.

De sa voix douce, elle tisse le fil qui nous emmène dans les dédales de sa vie. Et au travers de sa volonté irrépressible de liberté, elle partage avec nous sa passion de l’ile Maurice et de l’aviation. Puis sa rencontre avec le cheval. Décrivant  son émerveillement pour cet animal encore mystérieux , je suis captivé par cette femme à la sérénité et à la force déroutante. C’est à cet instant que j’ai commencé à comprendre pourquoi le cheval Camargue fascine autant. Avec lui je découvre ce qu’est la liberté à deux. Beaucoup considèrent qu’être libre va de pair avec être seul. Ici, c’est au travers d’une selle de cuir et d’attaches que l’homme et le cheval sont libres, ensembles.

Après cette rencontre forte et enrichissante, je rejoins mon compagnon. C’estjeudi9 teinté d’un respect nouveau que je remonte en selle. Traversant un lac éclaboussé par les éclats de rire de ma troupe, l’excitation monte. Mon meilleur ami me propose mon premier galop. Trop heureux, j’accepte immédiatement, avide d’en savoir plus sur lui. Du pas, un coup de talon, un trot s’installe. Mal à l’aise et malmené sur ma selle, je réitère ma pression. Tout se met alors en mouvement. Le cheval se jette en avant et je glisse souplement, presque naturellement, sur ma selle. Un éclat de rire jaillit. Mais, trop vite, la magie disparait. Il est déjà temps de repartir travailler. Le Festival n’attend pas.

Je laisse à regret mon ami éphémère et la journée reprend son cours. Arrivé aux Saintes-Marie-de-la-Mer, je m’affaire aux préparatifs du Festival. En portant, collant, cuisinant, je croise toutes ces personnes, qui le temps du festival, animées d’une passion commune, se donnent aux autres sans attendre en retour. Je n’ai plus aucun doute sur le fait que c’est le cheval qui nous a amenés ici. Nous avons  la chance aujourd’hui  de pouvoir lui rendre un peu de ce qu’il nous donne.

ruesAu travers des petites bâtisses blanches qui bordent les rues étroites, sous le soleil implacable et le mistral inlassable, les rencontres se multiplient.

« Bonjour, je travaille pour le festival des chevaux du Sud… »

Et la carapace de chacun se brise. Ces gens qui quelques secondes auparavant affichaient un mépris et une indifférence palpables, l’espace d’un instant, deviennent beaucoup plus humain.

Je souris à cette pensée : qui aurait cru que l’animal soit celui qui rende l’homme un peu plus humain ? Cette contradiction n’en serait-elle pas une ?

Les projections des films s’enchaînent et les spectateurs en ressortent les yeux brillants. Les bénévoles et moi-même n’arrêtons pas de nous activer pour faire vivre l’espaces de quelques heures le quotidien de l’amoureux de la Camargue. Autour d’une table, où chacun partage le fruit de sa journée, nous apprenons à nous connaître. Les éclats de rires et la bonne humeur se mêlent aux chants naissant des grillons. Le repas terminé, je me rends aux Arènes pour le second temps fort  de la journée : le spectacle équestre où évolue Lorenzo, le cavalier prodige fils de la Camargue.

Sans rien comprendre au spectacle qui se déroule devant moi, les cavaliers22425_913229898723435_8170587278644369785_n et leurs montures commencent leur spectacle dans les Arènes bondées. Les chevaux, hommes, femmes, lamas, chiens se succèdent au gré de la musique et des flammes. Un conte dansant se dessine sur le sable. Un homme affublé du costume traditionnel de Mongolie m’emmène dans ses steppes sauvages. Puis quatre femmes et huit chevaux les remplacent et évoluent dans un ballet parfaitement maitrisé. Le foule est subjuguée, regardant presque religieusement ce qui se déroule.  Deux douzaines de cavaliers apparaissent alors et s’en suit une chorégraphie impressionnante de précision, rythmée et musclée. Les fameux Gardians, maîtres de la Camargue, munis de leurs tridents, font irruption dans l’arène. Le public est en effervescence, claquant des mains au rythme de la musique. Leur discipline et rigueur forcent le respect. Un touche humoristique vient faire rire à gorge déployées le public. Laurent Galinier et son cheval semble jouer comme des enfants. Je me pose alors une question : pourquoi ces chevaux sont-ils prêt à accomplir l’impossible ? Pourquoi se plient-ils à l’exigence de leurs maîtres de la sorte ? Subitement, l’obscurité nous écrase. Doucement, la lumière revient et une cavalière vêtue d’une somptueuse robe sombre et sanguine se dévoile. C’est Clemence Faivre, la femme cheval. Un numéro des plus sensuel nait sur le sable qui éclabousse les Arènes à chacune des foulées de son magnifique entier. La danse se termine lorsque le cheval se dresse face à la foule, comme pour défier quiconque voudrait douter de leur le lien indicible.

C’est au tour de Lorenzo de faire son entrée. Debout sur deux juments noires et suivi d’une dizaine de juments, il n’est plus homme mais étalon menant son troupeau. Le spectacle qui se déroule devant moi est à peine croyable. Chacune attentive à la voix et au regard de son maître, elles sautent et paradent, pendant que les assistantes se pressent de préparer le saut suivant. Je n’ai plus les mots pour décrire ce que je ressens. Le spectacle prend fin, et la foule se soulève dans un tonnerre d’applaudissements. Les Arènes se vident rapidement.

Nous retrouvons alors Clémence Faivre dans les coulisses où elle accepte de nous donner une interview. Puis, éreinté, je rentre au domaine de Maguelone.

Aujourd’hui, j’ai vu la Camargue. Et demain, je sais qu’en me levant, j’aurais la chance de pouvoir découvrir un peu plus ce pays de chevaux et  de tradition qui fascine tant.

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